Mercredi 17 janvier 2007
3
17
/01
/2007
07:13
Le matin, dans la boîte à lettres, les enveloppes arrivent légèrement gondolées. Le papier semble humide et un peu râpeux. Dehors, l'air salin nous saisit. Une chemise fine colle rapidement
à la peau. Le pantalon devient scaphandre. L'épiderme est moite et les cheveux ont tendance à perdre leur volume habituel.
L'air est lourd et chargé, les nuages sont bas. Comme avant un orage. Ca sent les UV traitres et l'humidité pernicieuse.
L'été arrive...
Par Nicolas M.
-
Publié dans : Carnets de plume
-
11
-
Recommander
Mardi 23 janvier 2007
2
23
/01
/2007
14:09
Il y a sur l'île le slogan d’une marque
de vêtements qui dit assez bien la bizarrerie du climat : nos étés sont vos hivers, nos hivers sont vos étés.
Derrière le chiasme se cache, ici, une absence d’alternance. Que ce soit l’hiver, que ce soit l’été, sur le littoral, la chaleur est une constante. L’automne n’est qu’un nom, le printemps doit se
dire vite. Il n’est pas question de saisons, il est question de nuances. Nuances donnée par le pluviomètre, le baromètre et l’anémomètre, très peu par le thermomètre… Entre un temps humide et un
temps sec, un temps venteux et une brise légère, entre un alizé salin et un air étouffant.
C’est d’ailleurs ça qui est déroutant. La Réunion est connue pour sa beauté et ses trois-cents et quelques jours de soleil par an. Le climat y est pour beaucoup dans l’attrait qu’elle
représente.
Et pourtant, pourtant… Je me dis parfois que cette chaleur constante, symbole du bonheur et de la vie facile, du farniente et des vacances même au travail, est aussi une image assez juste de la
monotonie.
U.V., quand tu nous tiens…
Par Nicolas M.
-
Publié dans : Carnets de plume
-
14
-
Recommander
Jeudi 23 août 2007
4
23
/08
/2007
05:50
Quitter Paris et longer la côte italienne, apercevoir Rome, Turin et Elbe, voir Naples (et mourir, bien sûr) et les îles éoliennes, dormir un peu et se réveiller à Maurice devant un ciel d’aurore
allant du vert pomme à l’orange vif. Retrouver pied, sentir l’atmosphère iodée et le vent chaud, remettre du piment dans ses plats voire dans sa vie et retrouver sa boulangère qui fait maintenant
crédit quand elle n’a pas la monnaie (signe indéniable d’intégration).
Se dire que finalement, ici, la vie est douce, savates deux-doigts et lunettes de soleil. Se souvenir des yeux qui brillent quand on en parle, mais dire que ce n’est pas le paradis (qui n’existe
pas), que le sable chaud n’empêche pas les problèmes, et que le théorème aznavourien est faux : la misère n’est pas moins pénible au soleil.
Garder en mémoire le sourire des amis de métropole et recommencer à se faire brûler la peau.
On en oublierait presque la reprise du travail.
S’attarder le soir, sur la digue, sentir le vent tant apprécié des kite-surfeurs (ce sera le cadeau du
jour
), aller dans un snack pour commander un pain-bouchons, retrouver le hamac, écouter
la mer au loin et se dire, tiens, je suis à 10.000 bornes…
Mais se sentir un peu chez soi.
Par Nicolas M.
-
Publié dans : Carnets de plume
-
7
-
Recommander
Jeudi 20 décembre 2007
4
20
/12
/2007
15:51
On ne peut pas vivre tous les jours sous le soleil. Le soleil, qui est la récompense de l'éloignement, est aussi parfois fatigant.
Ca tombe bien puisqu'ici, depuis quarante-huit heures, les pluies tropicales s'abattent sur le sud (et certainement sur le reste de l'île) et le taux d'humidité était hier de 96%. L'été est donc
bel et bien là.
C'est regrettable, car aujourd'hui, 20 décembre, c'est férié, puiqu'on célèbre l'abolition de l'esclavage. Souvenez-vous, j'en avais déjà parlé ici. Alors, les manifestations prévues pour commémorer cet anniversaire (concerts et festivals en plein
air) sont souvent annulées. C'est dommage. Les pétards sont aussi presque absents des rues.
Alors on reste chez soi, on bouquine, et on vous donne quelques nouvelles. En ne doutant pas que ça vous fera plaisir.
Curieusement, ces pluies et ce ciel lourd me rappellent le début de l'automne en métropole. Avec ses néons fades, son moral bas et son ennui. Sauf que tout cela devrait être de courte
durée: le retour du soleil est prévu pour la fin de semaine.
Alors, en attendant, on va dehors, pour le plaisir de se faire tremper jusqu'aux os en quelques secondes, pour voir les bouches d'égout déborder, pour sauter dans les flaques, pour regarder les
rideaux de pluie opaques et les pisse-en-l'air arroser les passants.
Par Nicolas M.
-
Publié dans : Carnets de plume
-
3
-
Recommander
Mardi 25 décembre 2007
2
25
/12
/2007
17:42
Les lendemains du réveillon noient souvent les villes dans une torpeur délicieuse. La fête est finie, les visages sont fatigués et les lambeaux rouges des pétards sont balayés par le vent chaud.
A trois mètres du sol, les guirlandes sur les palmiers ont quelque chose de caduque et même la plage, déserte, reprend son souffle sans les effluves habituelles de crème solaire.
Les rues sont vides, quelques bars sont ouverts pour qu’on se raconte, accoudés au zinc, les excès de la veille. Dans les rues, deux ou trois quidams allongés sur le trottoir sont en train de
cuver — il faut dire que le rhum est ici redoutable — et dans les cases, quelques rires rauques font raisonner la rue mais les djembés silencieux n’ont d’égal que la léthargie ambiante.
Seules les tongs battent le pavé.
Nous sommes le 25 décembre et le soleil, astre complice, incite par sa chaleur âpre, à rester plongé dans un demi-sommeil. Le temps de reprendre des forces avant les festivités de la semaine
prochaine.
Joyeux Noël à tous.
Par Nicolas M.
-
Publié dans : Carnets de plume
-
7
-
Recommander
Dimanche 25 mai 2008
7
25
/05
/2008
21:35
Les pantalons remplacent peu à peu les pantacourts et les nuées duveteuses qui flirtaient jusqu'à peu avec l'horizon de l'océan sont remplacés par des nuages épais. Les savates deux doigts
commencent à glacer les orteils, la petite laine de dix-sept heures est désormais obligatoire, et les bars du bord de mer, entre deux averses, restent vides. La dodo lé la mais elle reste sans
amants.
Il fait moins de vingt degrés et le nez coule. On se surprend à ressortir les t-shirts à manches longues qui, en huit mois, ont bien failli prendre la poussière. Un éternuement, parfois, surprend
l'autochtone. Et les derniers moustiques disparaissent.
La vie semble plus silencieuse sous le vent, la plage est déserte malgré le drapeau vert et les snacks vendent moins d'américains merguez que d'habitude.
Et puis ce matin, devant les fortes vagues et la brise, l'envie soudaine de ne pas mettre l'orteil à l'eau. La fraîcheur fait manquer de courage. Il est temps de ranger le masque et le
tuba : l'hiver arrive.
Par Nicolas M.
-
Publié dans : Carnets de plume
-
6
-
Recommander
Mardi 16 septembre 2008
2
16
/09
/2008
23:26
Il a plu toute la nuit.
Ce matin, le ciel est lourd et bas. Une pluie fine mais constante couvre le bruit de la mer qu'on entend, d'habitude, au loin. Dehors, la voûte grise se reflète dans les flaques d'eau sur les
chaussées défoncées, et des voitures roulent vite, veilleuses allumées. Ca ressemble à s'y méprendre aux débuts de l'automne en métropole, quand la courbe déchirée de la chape nuageuse suit celle
de l'humeur. C'est maussade malgré la douceur.
Et puis quelques heures passent, au travail sous les néons, et soudain le vent se lève et chasse les stratus: le palmier ploie, le cardinal chante. Et la mer met son écharpe turquoise sur son
manteau bleu-nuit.
Par Nicolas M.
-
Publié dans : Carnets de plume
-
5
-
Recommander
Vendredi 13 mars 2009
5
13
/03
/2009
23:39
Il fait nuit. Dehors, il pleut depuis longtemps, cinq heures, peut-être dix. Au loin, un chien aboie et les nuages passent.
Le bruit de la mer est couvert par celui de la pluie, et la Réunion a ce soir un parfum de Guyane.
Des rigoles zèbrent les toits de tôle, les cases brillent sous la pleine lune et le jasmin de nuit surprend le promeneur.
Tout est calme et sans vent, les arbres sont figés et se détachent, théâtre d'ombres, du ciel bleu-gris.
Qui n'en finit pas de pleurer.
Par Nicolas M.
-
Publié dans : Carnets de plume
-
4
-
Recommander
Dimanche 7 juin 2009
7
07
/06
/2009
16:54
Cela arrive chaque mois. Cadence immuable.
Ce soir, dix-sept heures quarante-sept, le soleil se couche sur la mer, et l'étreinte fait naître, face à eux, une lueur rosée qui envahit le ciel. De petits nuages, plumes de l'oreiller,
s'accrochent au Mont-Vert, qui se détache du fond pur et violet.
Et soudain, superbe, la pleine lune grimpe dans le ciel, en s'accrochant à la montagne. Projecteur en plein jour, elle éclaire les vaguelettes du port, et les câbles, sur les mâts des bateaux,
l'applaudissent dans le vent.
Par Nicolas M.
-
Publié dans : Carnets de plume
-
4
-
Recommander
Jeudi 2 juillet 2009
4
02
/07
/2009
22:40
Crachin, brouillard et houle
L'ombrelle se referme et le parapluie s'ouvre
Sur les trottoirs humides: la savate se fige.
Soleil de plomb, gouttes de pluie
Il fait chaud le midi et humide le soir
Les nuages chargés grisaillent la lumière.
Brouillard, grain et bourrasques
Les margouillats se taisent, les moustiques s'endorment
La couverture réchauffe, orpheline, les corps.
Vent, bruine et froid
Les jeans, certes moulants, remplacent les jupettes,
Voici le temps venu des pulls et des chaussettes!
Par Nicolas M.
-
Publié dans : Carnets de plume
-
2
-
Recommander